Documents Marie-ange Favard

Œuvres Vocales, de Guy Reibel

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Un disque pour la mémoire collective. Il aura fallu attendre près de 50 ans pour entendre autrement qu’en concert ou en stage les étonnantes improvisations du Jeu Vocal qu’a inventées ou suscitées Guy Reibel, dans la foulée des travaux du Groupe de Recherche Musicale, de Pierre Schaeffer. Produit par l’Ensemble Musicatreize, dirigé par Roland Hayrabedian, le disque Œuvres Vocales rassemble trois cycles : Cinq Haikus(2005), Six Madrigaux (2008), Les Calliphones (1994) et deux pièces vocales : Ode à Villon (1971), que Guy Reibel avait enregistré lui-même en 1971 avec les Solistes des Chœurs de la Radio et Les Papimanes, extrait de l’opéra Rabelais en Liesse (1974). Il condense ainsi 45 années de travail musicologique et de composition et constitue à la fois l’abécédaire et le mode d’emploi du Jeu Vocal. A écouter chronologiquement les œuvres, on se rend d’ailleurs compte que l’évolution qu’elles traduisent conduit naturellement à la nouvelle étape que vient d’entamer Guy Reibel en invitant, au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, les jeunes compositeurs à participer à des ateliers de composition musicale de Jeu Vocal.

 

2 Guy Reybel3 WebDe l’improvisation à la répétition. C’est bien pour cette raison que nous recommandons que les néophytes du Jeu Vocal effectuent leur première écoute du disque Œuvres Vocales en suivant la chronologie des créations. L’auditeur y gagne en compréhension de la recherche du compositeur et saisit plus aisément l’évolution du Jeu Vocal depuis les envolées de l’improvisation jusqu’à la maîtrise de son écriture. Car le Jeu Vocal transgresse bien des habitudes musicales, comme le rappelle Guy Reibel dans sa préface : « J’ai recherché un langage harmonique hors de l’héritage tonal et des spéculations contemporaines, écrit-il. Une recherche de fusion des sons…, du mouvement des lignes sonores entre elles qui déploient l’harmonicité naturelle des sons, dans une sorte de cinématique qui brise les carcans du tempérament et les habitudes de l’écriture traditionnelle ». Le résultat est décoiffant, mais séduit par ses variations infinies, inattendues et pourtant pertinentes. Car la voix y est traitée comme un instrument de musique et, même si elle est domestiquée pour le disque, l’improvisation a laissé des traces. Ainsi, dans l’Ode à Villon (1971), cette improvisation se retrouve dans la construction d’un cluster expressif, une masse sonore dans laquelle les jeux de mots et les effets de répétition créent l’inattendu et un sentiment de renouvellement permanent.

 

3 Groupe de travail de Jeu Vocal WebNappes sonores et jeux de voix solistes. Plus mélodieux, les Papimanes, extrait de l’opéra Rabelais en Liesse (1974), voit le Verbe théâtral s’opposer à la vocalité du chant à l’unisson. Le Jeu Vocal y est peu présent. Par contre, les Calliphones (1994) et leur composition pour 12 voix dévoilent tout le potentiel du Jeu Vocal. Aux nappes sonores que crée le chœur s’opposent les intrusions en parlé-chanté des solistes comme autant d’événements surprenants. Le dernier morceau, intitulé « Liens », est d’ailleurs purement choral. Dans les Cinq Haïkus (2005), le Jeu Vocal devient encore plus élaboré avec des glissandos et des contrastes de lignes mélodiques. L’effet est très riche et la sonorité des mots est valorisée comme des éléments musicaux. Les voix solistes dessinent ainsi des mélodies qui s’ajoutent joliment à la masse sonore. Les Six Madrigaux (2008) complètent ce sentiment d’achèvement de la quête du compositeur avec une polyphonie qui ne refuse plus la mélodie mais en joue comme d’un renfort musical. La composition est subtile et les jeux vocaux habillent la ligne mélodique d’une pâte et de contrepoints qui l’enrichissent en créant de multiples plans sonores et en poussant les voix à devenir lyriques pour créer des ambiances spécifiques. La fusion du Jeu Vocal dans la composition musicale en devient évidente et passionnante. L’œuvre chorale n’apparaît plus comme une finalité, mais comme un langage musical supplémentaire que ni les compositeurs, ni les chefs de chœur ne peuvent plus ignorer. En cela, Guy Reibel a gagné son pari de susciter une nouvelle écriture chorale.