Quel choix faire dans sa pratique de la Voix ?

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    • #987
      Bernard Garat
      Maître des clés

      Bonjour à vous tous,

      J’ouvre ce débat, car c’est toujours à aujourd’hui une grande interrogation pour moi.
      Mais avant d’aller un peu plus loin, je veux d’abord poser quelques jalons sur cette discussion afin qu’on s’entende sur les contours du sujet proposé.

      Malheureusement, les contours sont basés sur une définition qui est assez subjective et qui a toujours interrogé tous les hommes de tous les peuples, quelles que soient les musiques.

      1- La Musique et les états quelle crée chez l’auditeur et le musicien.
      Sans entrer dans les détails, le premier point, c’est que nous ne pouvons que constater que les sons créent des états, que nous soyons humains ou pas (Puisque tous les êtres vivant y réagissent. Que ces états, peuvent aussi être nommé, afin de qualifier, comme des états émotionnels ou des sentiments. Qui se nomment et se vivent différemment en fonction de la culture musicale de l’homme qui l’écoute. Différentes sensations vont apparaître, sur des critères qu’il est très difficile, même aujourd’hui à définir : tristesse, nostalgie, angoissé, état solaire,… Certains peuples, certaines cultures musicales, sont allés très loin dans cette sphère… et continuent aujourd’hui à chercher les clefs.

      2 – La voix humaine, qu’elle soit parlée ou chantée, et les états qu’elles créent chez l’auditeur et le musicien.
      Sans entrer dans le domaine extrêmement complexe de l’impact des langues sur la voix elle-même, et l’esthétique qu’elle porte pour chacun d’entre nous. Le vécu pour chaque être humain avec le son de sa voix, est d’abord organique. Elle a une reliance très forte entre son état physique, émotionnelle, psychique, et de ce qui s’exprime du son de sa voix. Viendra ensuite, l’étage déterminant du langage, qui va peut parfois permettre de clarifier des états troubles voire indéfini chez la personne et par là dans l’expression de sa voix.Cette voix humaine créée des états chez l’auditeur et le musicien, certainement relié avec le vécu de chacun et l’histoire de sa voix dans sa vie.

      Quel choix faire pour se permettre d’aller l’improvisation vocale ?

      1 – Soit la voie musicale, avec tout ces principes qui la définissent et tout ce qui a été développé et qui se développera sur comment créer des états chez le lecteur et le musicien. Donc développer une voie dédiée à la musique, une voix que l’on pourrait nommer instruments au même titre que les autres instruments que l’homme a inventés pour pouvoir dire au mieux cette voie musicale.

      2 – Soit faire le choix de la voix humaine, avec tout ce que cela comporte pour soi d’aller s’immerger dans des états intérieurs afin de refaire la reliance avec l’expression de sa voix et de tout ce qu’elle porte comme message de soi au-delà des mots. Attention, quand je dis, c’est au-delà des mots, cela serait plutôt en-deçà des mots. Car ce que porte comme signifiant le « mot » est encore un tout autre domaine, immense lui aussi, que nous mettrons à dessein de coté, pour pouvoir définir clairement les contours de notre sujet. Je veux préciser par là que ce qui nous intéresse se situe dans toute cette sphère d’expression de la voix dans son expression non-verbale.

      C’est donc dans ce dilemme dans lequel je me trouve :
      soit développer la pratique de ma voix, dites musicale, comme je pourrais l’envisager avec un instrument. Et le travail est bien évidemment colossal, car il va falloir développer les connaissances de repères internes, dans son corps et dans l’expression de sa voix, afin d’être au service de cette voie instrument, mais aussi en étant le plus proche de ce style de voix dans ce style musical et sa référence culturelle, de son appartenance.
      Soit développera une pratique de ma voix vers son expressivité humaine, permettant peut être de toucher de manière plus directe, plus simple l’homme dans son vécu et par voix. Mais en perdant, ou en laissant de côté la musicalité qui pourrait s’exprimer dans mon chant.

      Pourquoi parler de dilemme, vous pourriez dire, « et bien, vous pouvez travailler les deux ». C’est évidemment ce que je fais dans la mesure du possible, et du temps qu’il m’est possible de consacrer à cela.
      Le dilemme reste entier,pour moi.
      A savoir, peut-on véritablement relier ces deux voies ? Ou doit-on forcément faire l’impasse de l’une ou l’autre ?

      Pouvez-vous m’éclairer sur votre expérience et de bien vouloir me dire quel choix vous avez pris. Quels sont les chemins que vous avez empruntés pour être là où vous êtes avec votre voix et l’improvisation vocale ?

    • #989
      katoo
      Invité

      Sujet très intéressant effectivement ! J’ai pu parfois constater la différence. Les deux chemins sont bien là , moi qui suit également instrumentiste, j’avoue expérimenter plus ma voix instrument , j’improvise déjà avec mes instruments et ce que j’aime avec la voix c’est ce panel de possible que l’on a pas avec les autres instruments ( c’est une instrument très très riche). Je me fond avec les autres , dans le plaisir de l’écoute et du partage entier ( je me sens dans le même bateau que les autres). La deuxième voix , celle de l’humain, me fait penser à celle des slameurs ou des poètes de l’instant, demande moins d’humilité et plus de cran. Celle là vient se poser sur la trâme musicale et vient directement parler de soi, de son intimité avec des mots choisis permettant d’exprimer qui on est verbalement (c’est bien ça?) . C’est vrai que c’est deux sensations différentes, une ou on fait partie d’un groupe d’instrumentistes ( si on joue accompagné), ou on va construire ensemble un morceau harmonieux. La deuxième, les instruments vont plus être au service de la voix , devenue Diva pour un morceau, ils vont créer comme un tapis rouge permettant à la voix de monter les marches ;-). J’aime bien les deux, être instrument et diva , comme je le fais quand je joue et je chante, vu que je joue un instrument mélodique , je ne peux m’accompagner en même temps. La seule chose que je peux faire c’est ponctuer le morceau de solo, tout en livrant mon message, si j’en ai un. Mais la voix instrument permet d’expérimenter des choses incroyables, et je dois dire que je m’éclate encore plus dans cette option. Lier les deux, oui , après tout, tout est possible, mais vu que c’est deux positionnements différents, ça demande un petit aller/retour dans les sensations et surtout pas mal d’expérience, j’imagine. De mon côté je pense pas y arriver encore : quand je suis voix intrument je largue le mental, quand je suis voix humaine, j’ai besoin de mon mental, en tout cas j’ai l’impression … merci pour avoir lancé ce questionnement Bernard !

    • #990
      Bernard Garat
      Maître des clés

      Bonjour katoo,

      Merci d’avoir pris tout ce temps pour répondre et développer ton expérience dans ton message. Et en le lisant, cela me conforte qu’effectivement il y a bien deux voies et tu l’explicites de manière très claire. Ayant été un instrumentiste d’un instrument mélodique, tu soulèves pour moi une seconde question dans l’aventure de la voix, mais aussi des instruments et de la musique. À savoir, développer un chant ou musique du type modal ou mélodique.
      On est là quelque part dans une possibilité de relier l’instrument et la voix, comme ça puisse faire et se fait encore pour certaines traditions comme le chant perse, ou le chant indien…Avant qu’apparaisse l’idée d’harmoniser quand les instruments et l’écriture musicale l’ont permis. Tout ça pour dire que le tapis rouge, évidemment, est extrêmement porteur, mais il est conçu sur la base harmonique, l’aboutissement de cette recherche est bien exprimé par le jazz et notamment l’improvisation vocale dans le jazz.

      Pour ce qui est de l’émotion dans la voix, tel le slameur ou le poète, effectivement, c’est plus l’intention que la voix porte. Et encore une fois dans la dimension du langage, même si l’on dit que dans le langage la musique est déjà là. Il se trouve que dans le langage, si on parle du Français notamment n’a vraiment pas beaucoup de variations musicales autour de sa fondamentale. En français, on a un ton, voire un ton et demi, ce qui ne fait pas beaucoup pour pouvoir faire de la musicalité. C’est d’ailleurs ce que l’on constate chez beaucoup de chanteurs.
      Donc faire des allers-retours entre ces deux grandes sphères, sur lequel on doit se connecter pour pouvoir véhiculer de l’improvisation dans la voix et de la musicalité, est effectivement tout le challenge de l’aventure. C’est une chose assez périlleuse, car il faut se trouver sur le fil de ces deux grands propres propos sans tomber dans l’un ou dans l’autre.

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